Saturday, November 26, 2011

Thoughts of the Day #48/2011: Serge Margel (4)

Serge Margel (*1962)
(copyright: Radio France)
(dear copyright owners please read p.s. at the bottom of this page)


Dear Readers,

this is my fourth posting of thoughts by the important french philo-sopher Serge Margel, who has written several admirably well written and thoughtful books in various fields (i.e. aesthetics, political theory, the theory of modernity and the problem of political theology and and the deep problematisation of the logic of secularisation). Margel is one of the few disciples of Jacques Derrida, who is working in the spirit of Derrida without copying him. Today I have chosen a passage in french from his important essay about Derrida, the death of God, the secret and the work of morning entitled "The orphic denominations of survival. Derrida and the question of the worst".


Pour toutes les lecteurs françaises de mon blog, je suis heureux de présenter ici les quatrièmes pensées du jour en français. Aujourd'hui, c'est encore le temps pour un passage d'un essai du philosophe Serge Margel. Cette fois c'est un extrait d'un essai important sur Jacques Derrida, la mort de Dieu, le travail du deuil, la technique et la mort avec le titre "Les dénominations orphiques de la survivance. Derrida et la question du pire" (Paris: Galilée 1999):


"Le désir de Dieu reposerait au fond le plus profond de mon secret. Et ce désir qui m'interpelle constitue un désir de donner, non pas, comme le souligne Derrida, de donner quelque chose, mais "de se donner lui-même", le désir de se donner la mort. Or, comment faut-il entendre ce désir?

Dieu ne voudrait pas mourir pour mourir, par ennui, lassitude ou dépression, mais au contraire pour vivre au monde, au travers le monde et je dirais même comme monde. La seule manière, pour Dieu, d'être au monde serait de mourir comme monde, d'emprunter la chair du monde pour l'habiter de son esprit ou de sa mort, donc pour en faire son propre tombeau.

Son désir de mourir produira en moi un secret et en même temps agira à l'intérieur, ou à l'endroit d'un tel secret. Il produira en moi le secret même par lequel il agira sur moi. Et la manière dont il agira, dont agira sur moi son désir en moi, constituera le secret de ma mort. Par cette constitution, le désir de Dieu aurait agi de telle manière que mon secret engendre lui-même, sécrète de lui-même, un dédoublement du monde, un autre du monde dans le monde, pour venir y vivre l'esprit d'un mort.

En se donnant la mort, Dieu aurait voulu renaître au monde comme son propre fils. (...) Il faut pouvoir virtualiser le monde (...) Sans la possibilité technologique (...), d'une virtualisation du monde, aucun produit du secret, ni aucun travail du deuil, n'aurait pu assurer que jamais l'esprit de Dieu mourant ne s'empare de la chair du monde pour en faire l'immensité modialisée de son corps phénomenal. Sans cette possibilité technologique, le monde representerait le zombie verdoyant d'un acte manqué - d'un autodéicide raté. (...)

Répondre du désir de Dieu reviendrait à confesser un véritable désir de pardon. Afin de pouvoir renaître dans le monde, comme un autre du monde, Dieu aura dû désirer le pire. Il aura dû vivre, survivre en moi, en me constituant comme le secret de sa mort, mais un secret qui sécrète de lui-même sa propre ruine. Et la manière dont Dieu, son spectre vivrait en mon secret se déploierait à la mesure que mon secret se déconstituera en moi.

Je suis le lieu du pire, le lieu où le pire se démesure à la mesure du désir de Dieu. Aussi, pour moi, répondre de mon désir serait se mesurer avec cette démesure, qui ruine mon secret en achevant le deuil de l'autre en moi: s'y mesurer, pour en faire avouer le désir pour permettre  au désir de se confesser, me confesser que sa vie, sa survie, la survie du vivant en moi, ne s'elabore et ne se déploie qu'à pouvoir ruiner le secret qu'elle institue comme secret de ma mort.

Il faut confesser, faire confesser la ruine de cette vie de survivant, qui ne survit en moi qu'à pouvoir réaliser l'achèvement de son propre deuil. Le moment de ma réponse, ce moment indécidable, infiniment improbable et émminement imminent, où mon désir répond de sa demande, constituera la biographie de son état de survivant, le récit sans récit du mouvement par lequel la mort de Dieu, pour vivre en moi, pour y survivre comme le secret de ma mort, aura toujours déjà dû ruiner mon secret par le projet d'un achèvement de son propre deuil.

J'aurait fait alors de ma réponse l'autobiographie d'un mis-à-mort, l'autobiographie du pardon, de l'aveu par le don, mais par ce don sans don, ce don qui ne tend qu'à retarder indéfiniment l'inévitable achévement du deuil de l'autre mort en moi, pour moi."


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P.S. Dear copyright owners of this picture, please contact me, if you don't want to see your picture above in this context! Your picture will of course be instantly removed! Thank you! The text excerpt is taken from the book: L'animal autobiographique. Autour de Jacques Derrida. Paris: Galilee 1999. It has been recently republished in Serge Margel, L'avenir de la Métaphysique. Lectures de Derrida. Paris: Hermann 2011.